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Équations différentielles : cours de maths Licence L2 à télécharger en PDF

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Cours de maths en Licence L2 : Équations différentielles — Zyro, l’explorateur de Planète Maths

Une population qui croît puis se stabilise, un ressort qui oscille en perdant de l’énergie, deux réservoirs qui échangent un produit : dans tous ces phénomènes, on ne connaît pas directement la grandeur étudiée, mais une relation entre elle et ses variations. Ce chapitre apprend à traduire une telle relation en équation, à la résoudre quand elle est linéaire, à garantir l’existence et l’unicité des solutions, puis à décrire leur comportement à long terme.

1. Vocabulaire et problème de Cauchy

Équation différentielle

Une équation différentielle d’ordre \(n\) est une relation \(F\big(t, y, y', \dots, y^{(n)}\big) = 0\) dont l’inconnue est une fonction \(y\) de la variable \(t\), dérivable \(n\) fois sur un intervalle \(I\). Une solution est une fonction qui vérifie la relation en tout point de \(I\). L’équation est dite linéaire si l’inconnue et ses dérivées n’apparaissent qu’au premier degré.

Problème de Cauchy

C’est une équation différentielle accompagnée de conditions initiales en un instant \(t_0\) : \(y(t_0)\) pour l’ordre 1, \(y(t_0)\) et \(y'(t_0)\) pour l’ordre 2. On cherche la solution qui les satisfait.

Exemple

L’équation \(y' = -2y\) est linéaire d’ordre 1. Pour tout réel \(C\), la fonction \(y(t) = C\,e^{-2t}\) est solution, car \(y'(t) = -2C\,e^{-2t} = -2y(t)\). La condition \(y(0) = 5\) impose \(C = 5\) : le problème de Cauchy a ici une seule solution.

2. Équations linéaires d’ordre 1

On considère \((E)\) : \(y' + a(t)\,y = b(t)\), où \(a\) et \(b\) sont continues sur un intervalle \(I\). L’équation homogène associée est \((H)\) : \(y' + a(t)\,y = 0\).

Structure des solutions

Soit \(A\) une primitive de \(a\) sur \(I\). Les solutions de \((H)\) sont les fonctions \(t \mapsto C\,e^{-A(t)}\), \(C \in \mathbb{R}\). Si \(y_p\) est une solution particulière de \((E)\), les solutions de \((E)\) sont les fonctions \(y_p + C\,e^{-A}\). Pour tout \((t_0, y_0)\) avec \(t_0 \in I\), le problème de Cauchy \(y(t_0) = y_0\) admet une unique solution sur \(I\) tout entier.

Variation de la constante

  1. Résoudre l’équation homogène : \(y_h = C\,e^{-A(t)}\).
  2. Chercher \(y\) sous la forme \(y = C(t)\,e^{-A(t)}\).
  3. Reporter dans \((E)\) : il reste \(C'(t)\,e^{-A(t)} = b(t)\), donc \(C'(t) = b(t)\,e^{A(t)}\).
  4. Intégrer pour obtenir \(C(t)\), puis conclure avec la condition initiale éventuelle.
Exemple

Résolvons \(y' - 3y = 4e^{t}\). L’homogène donne \(y_h = C e^{3t}\). On pose \(y = C(t)e^{3t}\) : \(C'(t)e^{3t} = 4e^{t}\), donc \(C'(t) = 4e^{-2t}\) et \(C(t) = -2e^{-2t} + K\). Ainsi \(y(t) = -2e^{t} + K e^{3t}\) avec \(K \in \mathbb{R}\).

Exemple

Sur \(]0\,;+\infty[\), résolvons \(t\,y' + y = t\) avec \(y(1) = 3\). On divise par \(t\) : \(y' + \dfrac{1}{t}y = 1\). Une primitive de \(1/t\) est \(\ln t\), donc \(y_h = \dfrac{C}{t}\). La fonction \(y_p(t) = \dfrac{t}{2}\) convient, car \(t \cdot \dfrac12 + \dfrac t2 = t\). Les solutions sont \(y(t) = \dfrac t2 + \dfrac Ct\). Alors \(y(1) = \dfrac12 + C = 3\) donne \(C = \dfrac52\), et \(y(t) = \dfrac t2 + \dfrac{5}{2t}\).

12312345y(0)=1

La figure ci-dessus montre toutes les solutions de \(y' + 2y = 4\) : ce sont les courbes \(y = 2 + Ce^{-2t}\). Elles ne se coupent jamais, et elles s’approchent toutes de la solution constante \(y = 2\) quand \(t\) grandit.

3. Équations linéaires d’ordre 2 à coefficients constants

On étudie \((E_2)\) : \(y'' + a\,y' + b\,y = f(t)\), avec \(a, b\) réels et \(f\) continue. L’ensemble des solutions de l’équation homogène \(y'' + a y' + b y = 0\) est un espace vectoriel réel de dimension 2. On le décrit grâce à l’équation caractéristique \(r^2 + a r + b = 0\), de discriminant \(\Delta = a^2 - 4b\).

Discriminant Racines Solutions réelles de l’homogène
\(\Delta > 0\) \(r_1 \neq r_2\) réelles \(A e^{r_1 t} + B e^{r_2 t}\)
\(\Delta = 0\) \(r_0\) double \((A + Bt)\,e^{r_0 t}\)
\(\Delta < 0\) \(\alpha \pm i\beta\) \(e^{\alpha t}\big(A\cos \beta t + B\sin \beta t\big)\)

Pour le second membre, on cherche une solution particulière de même forme que \(f\) (polynôme, exponentielle, sinus ou cosinus) ; si cette forme est déjà solution de l’homogène, on la multiplie par \(t\) : c’est le phénomène de résonance. La solution générale est la somme d’une solution particulière et de la solution générale de l’homogène, et le problème de Cauchy \((y(t_0), y'(t_0))\) a une unique solution.

Exemple

Résolvons \(y'' - 3y' + 2y = 4t\). L’équation caractéristique \(r^2 - 3r + 2 = (r-1)(r-2)\) a pour racines \(1\) et \(2\). On cherche \(y_p = \alpha t + \beta\) : \(-3\alpha + 2\alpha t + 2\beta = 4t\), donc \(\alpha = 2\) et \(\beta = 3\). Les solutions sont \(y(t) = A e^{t} + B e^{2t} + 2t + 3\).

Exemple

Pour \(y'' + 2y' + 5y = 0\), on a \(r^2 + 2r + 5 = 0\), \(\Delta = -16\), et les racines sont \(-1 \pm 2i\). Les solutions sont \(y(t) = e^{-t}(A\cos 2t + B\sin 2t)\). Avec \(y(0) = 1\) et \(y'(0) = -1\), on trouve \(A = 1\) puis \(-A + 2B = -1\), donc \(B = 0\) et \(y(t) = e^{-t}\cos 2t\) : une oscillation amortie.

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4. Systèmes différentiels linéaires et exponentielle de matrice

Un système \(X' = AX\), avec \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) et \(X(t) \in \mathbb{R}^n\), se résout grâce à l’exponentielle de matrice. Toute équation d’ordre 2 se ramène à ce cadre : en posant \(X = (y, y')\), l’équation \(y'' + a y' + b y = 0\) devient \(X' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -b & -a \end{pmatrix} X\).

Exponentielle de matrice

Pour \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})\), on pose \(e^{A} = \displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} \dfrac{A^k}{k!}\). La série converge pour toute matrice.

Propriétés

(i) \(\dfrac{d}{dt}\,e^{tA} = A\,e^{tA}\). (ii) Si \(AB = BA\), alors \(e^{A+B} = e^{A}e^{B}\). (iii) Si \(A = PDP^{-1}\), alors \(e^{tA} = P\,e^{tD}P^{-1}\), et \(e^{tD}\) est diagonale quand \(D\) l’est. (iv) La solution du problème de Cauchy \(X' = AX\), \(X(0) = X_0\) est \(X(t) = e^{tA}X_0\), unique et définie sur \(\mathbb{R}\).

Exemple

Soit \(A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 1 \end{pmatrix}\). Ses valeurs propres sont \(3\) (vecteur propre \((1,1)\)) et \(-1\) (vecteur propre \((1,-1)\)). Avec \(P = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}\) et \(D = \mathrm{diag}(3,-1)\), on obtient
\[ e^{tA} = \dfrac12 \begin{pmatrix} e^{3t} + e^{-t} & e^{3t} - e^{-t} \\ e^{3t} - e^{-t} & e^{3t} + e^{-t} \end{pmatrix}. \]

Exemple

Pour \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\), on écrit \(A = 2I + N\) avec \(N = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\), \(N^2 = 0\). Comme \(2I\) et \(N\) commutent, \(e^{tA} = e^{2t}(I + tN) = e^{2t}\begin{pmatrix} 1 & t \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\).

Astuce de Zyro

Sur ma planète, on vérifie toujours une solution en la dérivant : si \(X'(t) = AX(t)\) après calcul, c’est gagné, et aucun théorème n’est nécessaire pour s’en convaincre.

5. Théorème de Cauchy-Lipschitz

Pour une équation non linéaire \(y' = f(t, y)\), l’existence et l’unicité ne sont plus automatiques.

Théorème de Cauchy-Lipschitz

Soit \(f\) continue sur un ouvert \(U\) de \(\mathbb{R} \times \mathbb{R}^n\) et localement lipschitzienne par rapport à la seconde variable. Alors, pour tout \((t_0, y_0) \in U\), le problème de Cauchy \(y' = f(t,y)\), \(y(t_0) = y_0\) admet une unique solution maximale \(y : J \to \mathbb{R}^n\), \(J\) intervalle ouvert contenant \(t_0\), et toute solution est une restriction de celle-ci.

Une fonction de classe \(\mathcal{C}^1\) est localement lipschitzienne : le théorème s’applique donc dès que \(f\) est \(\mathcal{C}^1\). Conséquence géométrique : deux courbes intégrales distinctes ne se croisent jamais. Pour les équations linéaires à coefficients continus, la solution est définie sur l’intervalle tout entier. Dans le cas non linéaire, elle peut cesser d’exister en temps fini.

Exemple

L’équation \(y' = y^2\) avec \(y(0) = 1\) est de classe \(\mathcal{C}^1\). La fonction \(y(t) = \dfrac{1}{1-t}\) est solution sur \(]-\infty\,;1[\), et elle tend vers \(+\infty\) en \(1^-\) : la solution maximale « explose » en temps fini.

Piège

Si \(f\) n’est pas lipschitzienne, l’unicité peut tomber. Pour \(y' = 2\sqrt{|y|}\) avec \(y(0) = 0\), la fonction nulle et la fonction \(t \mapsto t^2\) sur \(\mathbb{R}_+\) (prolongée par \(0\) sur \(\mathbb{R}_-\)) sont deux solutions distinctes, car \(\sqrt{|y|}\) n’est pas lipschitzienne en \(0\).

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6. Équations non linéaires à variables séparables

Séparer les variables

  1. Écrire \(y' = g(t)\,h(y)\).
  2. Repérer les équilibres : ce sont les constantes \(y^*\) telles que \(h(y^*) = 0\).
  3. Là où \(h(y) \neq 0\), écrire \(\dfrac{y'}{h(y)} = g(t)\), puis intégrer : \(H(y) = G(t) + K\), avec \(H' = 1/h\) et \(G' = g\).
  4. Isoler \(y\) si possible, utiliser la condition initiale et préciser l’intervalle maximal.
Exemple

Résolvons \(y' = y(4-y)\) avec \(y(0) = 1\). Les équilibres sont \(0\) et \(4\). Pour \(0 < y < 4\), on décompose \(\dfrac{1}{y(4-y)} = \dfrac14\left(\dfrac1y + \dfrac{1}{4-y}\right)\), d’où \(\dfrac14 \ln\dfrac{y}{4-y} = t + K\), soit \(\dfrac{y}{4-y} = C e^{4t}\). Avec \(y(0) = 1\) on a \(C = \dfrac13\), et \[ y(t) = \dfrac{4}{1 + 3\,e^{-4t}}. \] Cette solution croît de \(1\) vers \(4\) : c’est le modèle logistique, défini sur \(\mathbb{R}\).

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7. Stabilité et portrait de phase

Une équation autonome \(y' = f(y)\) ne dépend pas explicitement du temps. Un équilibre est un réel \(y^*\) tel que \(f(y^*) = 0\) : la fonction constante \(y^*\) est alors solution.

Stabilité

Un équilibre \(y^*\) est stable si les solutions qui démarrent près de \(y^*\) restent près de \(y^*\) pour tout \(t \geq 0\), asymptotiquement stable si, de plus, elles convergent vers \(y^*\), et instable sinon.

Critère de linéarisation

Si \(f\) est de classe \(\mathcal{C}^1\) et \(f(y^*) = 0\) : si \(f'(y^*) < 0\), l’équilibre est asymptotiquement stable ; si \(f'(y^*) > 0\), il est instable. Pour \(f'(y^*) = 0\), il faut étudier le signe de \(f\) autour de \(y^*\).

Pour \(y' = y(4-y)\), on a \(f'(y) = 4 - 2y\) : \(f'(0) = 4 > 0\), donc \(0\) est instable, et \(f'(4) = -4 < 0\), donc \(4\) est stable. La droite de phase résume tout : les solutions montent sur \(]0\,;4[\) et descendent hors de cet intervalle.

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Pour un système linéaire plan \(X' = AX\) avec \(\det A \neq 0\), l’origine est l’unique équilibre et sa nature se lit sur les valeurs propres, ou sur la trace \(T\) et le déterminant \(D\) de \(A\).

Valeurs propres Nature de l’origine Stabilité
réelles, toutes deux négatives nœud asymptotiquement stable
réelles, toutes deux positives nœud instable
réelles de signes opposés (\(D < 0\)) col instable
complexes, partie réelle \(< 0\) foyer asymptotiquement stable
complexes, partie réelle \(> 0\) foyer instable
imaginaires pures \(\pm i\beta\) centre stable, non asymptotiquement
Équations différentielles Licence L2 : quatre portraits de phase de systèmes linéaires plans, col, nœud stable, foyer stable et centre, avec les trajectoires fléchées autour de l’origine
Équations différentielles Licence L2 : quatre portraits de phase de systèmes linéaires plans, col, nœud stable, foyer stable et centre, avec les trajectoires fléchées autour de l’origine
Exemple

Pour \(A = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -2 & -3 \end{pmatrix}\), on a \(T = -3\) et \(D = 2\), donc \(T^2 - 4D = 1 > 0\) : valeurs propres réelles \(-1\) et \(-2\), toutes deux négatives. L’origine est un nœud asymptotiquement stable.

À retenir

  • Ordre 1 linéaire : solutions \(y_p + C\,e^{-A(t)}\), variation de la constante, et une seule solution pour chaque condition initiale.
  • Ordre 2 à coefficients constants : l’équation caractéristique \(r^2 + ar + b = 0\) donne trois formes (racines réelles distinctes, double, complexes).
  • Systèmes linéaires : \(X' = AX\) a pour solution \(X(t) = e^{tA}X_0\) ; on calcule \(e^{tA}\) par diagonalisation ou par décomposition \(\lambda I + N\).
  • Cauchy-Lipschitz : \(f\) localement lipschitzienne en \(y\) donne existence et unicité de la solution maximale, qui peut exploser en temps fini.
  • Variables séparables : équilibres d’abord, puis intégration de \(y'/h(y) = g(t)\).
  • Stabilité : signe de \(f'(y^*)\) en dimension 1, valeurs propres (ou \(T\) et \(D\)) pour un système plan.
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