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Complexes et polynômes : cours de maths Licence L1 à télécharger en PDF

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Cours de maths en Licence L1 : Complexes et polynômes — Zyro, l’explorateur de Planète Maths

Les nombres complexes et les polynômes forment un couple inséparable : les premiers donnent aux seconds toutes leurs racines, les seconds fournissent aux premiers leurs équations les plus naturelles. Dans ce chapitre, on passe de l’écriture algébrique à l’écriture trigonométrique pour résoudre \(z^n = a\), puis on développe l’arithmétique des polynômes (division, PGCD, irréductibles) et on termine par la décomposition des fractions rationnelles.

1. Forme trigonométrique

Module et argument

Soit \(z = a + ib\) un complexe non nul. Son module est \(|z| = \sqrt{a^2 + b^2}\). Un argument de \(z\) est un réel \(\theta\) tel que \(a = |z|\cos\theta\) et \(b = |z|\sin\theta\) ; il est défini modulo \(2\pi\). On écrit alors \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta) = r\,e^{i\theta}\) avec \(r = |z|\).

-1123-1123M(z)

Exemple 1 : passer à la forme trigonométrique

Soit \(z = 1 + i\sqrt{3}\). Alors \(|z| = \sqrt{1 + 3} = 2\), donc \(\cos\theta = \dfrac{1}{2}\) et \(\sin\theta = \dfrac{\sqrt{3}}{2}\), ce qui donne \(\theta = \dfrac{\pi}{3}\).

Ainsi \(z = 2\left(\cos\dfrac{\pi}{3} + i\sin\dfrac{\pi}{3}\right) = 2e^{i\pi/3}\).

Produit, quotient, puissance

Pour \(z = r e^{i\theta}\) et \(z' = r' e^{i\theta'}\) : \(zz' = rr'\,e^{i(\theta + \theta')}\), \(\dfrac{z}{z'} = \dfrac{r}{r'}\,e^{i(\theta - \theta')}\) et, pour tout entier \(n\), formule de Moivre : \(z^n = r^n e^{in\theta}\), c’est-à-dire \((\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos n\theta + i\sin n\theta\).

Attention

Un argument n’est jamais unique : \(\theta\) et \(\theta + 2\pi\) décrivent le même complexe. Quand on divise un argument par \(n\) (voir la partie suivante), cette ambiguïté crée \(n\) solutions différentes.

2. Racines n-ièmes

Racines n-ièmes d’un complexe

Soit \(a = \rho\,e^{i\varphi}\) un complexe non nul et \(n \geq 1\). L’équation \(z^n = a\) possède exactement \(n\) solutions, données par \[ z_k = \rho^{1/n}\,e^{i(\varphi + 2k\pi)/n}, \qquad k = 0, 1, \dots, n-1. \] Elles sont régulièrement réparties sur le cercle de centre \(O\) et de rayon \(\rho^{1/n}\).

Idée de la preuve. Si \(z = r e^{i\theta}\), alors \(z^n = r^n e^{in\theta}\). L’égalité avec \(\rho e^{i\varphi}\) impose \(r^n = \rho\) et \(n\theta = \varphi + 2k\pi\) avec \(k\) entier ; les valeurs \(k\) et \(k+n\) redonnent le même complexe, d’où exactement \(n\) racines.

Exemple 2 : racines cubiques de 8i

On a \(8i = 8e^{i\pi/2}\), donc \(z_k = 2e^{i(\pi/2 + 2k\pi)/3}\) :

\(z_0 = 2e^{i\pi/6} = \sqrt{3} + i\), \(\;z_1 = 2e^{i5\pi/6} = -\sqrt{3} + i\), \(\;z_2 = 2e^{i3\pi/2} = -2i\).

Vérification : \((-2i)^3 = -8i^3 = 8i\).

z₀z₁z₂Or = 2

Pour \(a = 1\), les solutions de \(z^n = 1\) sont les racines n-ièmes de l’unité \(\omega_k = e^{2ik\pi/n}\). Elles forment un polygone régulier inscrit dans le cercle unité, et leur somme vaut \(0\) dès que \(n \geq 2\).

ω₀ = 1ω₁ω₂ω₃ = −1ω₄ω₅Or = 1

3. Polynômes et division euclidienne

Un polynôme à coefficients dans \(\mathbb{K}\) (\(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\)) s’écrit \(P = a_0 + a_1X + \dots + a_dX^d\) ; si \(a_d \neq 0\), \(d = \deg P\) est son degré. On convient que \(\deg(PQ) = \deg P + \deg Q\).

Division euclidienne

Soient \(A\) et \(B\) deux polynômes, \(B \neq 0\). Il existe un unique couple \((Q, R)\) de polynômes tel que \[ A = BQ + R \quad\text{avec}\quad \deg R < \deg B. \] \(Q\) est le quotient, \(R\) le reste. \(B\) divise \(A\) si et seulement si \(R = 0\).

Méthode : poser la division

  1. Divise le terme de plus haut degré du reste courant par celui de \(B\) : c’est le prochain terme du quotient.
  2. Multiplie ce terme par \(B\) et soustrais le résultat au reste courant.
  3. Recommence tant que le degré du reste est supérieur ou égal à \(\deg B\).
Exemple 3 : division de 3X³ − 2X² + 5X − 1 par X² + 2

\(3X \times (X^2 + 2) = 3X^3 + 6X\) ; il reste \(-2X^2 - X - 1\). Puis \(-2 \times (X^2 + 2) = -2X^2 - 4\) ; il reste \(-X + 3\), de degré \(1 < 2\).

Donc \(3X^3 - 2X^2 + 5X - 1 = (X^2 + 2)(3X - 2) + (-X + 3)\).

4. Racines et multiplicité

Racine et factorisation

Un scalaire \(a\) est racine de \(P\) (\(P(a) = 0\)) si et seulement si \(X - a\) divise \(P\). Un polynôme non nul de degré \(d\) a au plus \(d\) racines.

Multiplicité

La racine \(a\) est de multiplicité \(m \geq 1\) si \((X - a)^m\) divise \(P\) mais pas \((X - a)^{m+1}\). Sur \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\), cela équivaut à \(P(a) = P'(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0\) et \(P^{(m)}(a) \neq 0\).

Exemple 4 : une racine double

Soit \(P = X^4 - 4X^3 + 3X^2 + 4X - 4\). On calcule \(P(2) = 16 - 32 + 12 + 8 - 4 = 0\), \(P' = 4X^3 - 12X^2 + 6X + 4\) donc \(P'(2) = 32 - 48 + 12 + 4 = 0\), puis \(P'' = 12X^2 - 24X + 6\) et \(P''(2) = 6 \neq 0\). La racine \(2\) est donc double, et \(P = (X - 2)^2(X^2 - 1)\).

-1123-6-4-22468−112 (double)

Sur la courbe, une racine simple correspond à une traversée de l’axe, une racine double à un contact avec l’axe sans changement de signe.

5. PGCD de polynômes

PGCD

Le PGCD de deux polynômes non nuls \(A\) et \(B\) est l’unique polynôme unitaire de plus grand degré qui divise à la fois \(A\) et \(B\). Si \(A = BQ + R\), alors \(\operatorname{PGCD}(A, B) = \operatorname{PGCD}(B, R)\) : c’est l’algorithme d’Euclide, dont le dernier reste non nul (rendu unitaire) est le PGCD.

Exemple 5 : algorithme d’Euclide

Soient \(A = X^3 - 7X + 6\) et \(B = X^2 - X - 2\). On trouve \(A = B(X + 1) + (-4X + 8)\). Puis \(B = (X - 2)(X + 1)\), qui est divisible par \(-4X + 8 = -4(X - 2)\) : le reste suivant est nul.

Le dernier reste non nul est \(-4(X - 2)\), donc \(\operatorname{PGCD}(A, B) = X - 2\).

Le théorème de Bézout s’applique : il existe \(U, V\) tels que \(AU + BV = \operatorname{PGCD}(A, B)\), obtenus en remontant les divisions. Deux polynômes sont premiers entre eux si leur PGCD vaut \(1\).

6. Polynômes irréductibles

Irréductible

Un polynôme non constant est irréductible s’il n’est pas le produit de deux polynômes non constants.

Théorème de d’Alembert-Gauss et conséquences

Tout polynôme complexe non constant admet au moins une racine dans \(\mathbb{C}\). Par conséquent :

  • sur \(\mathbb{C}\), les irréductibles sont les polynômes de degré \(1\) ;
  • sur \(\mathbb{R}\), ce sont les polynômes de degré \(1\) et ceux de degré \(2\) de discriminant strictement négatif.

La clé pour \(\mathbb{R}\) : si \(P\) est à coefficients réels et \(z\) racine non réelle, alors \(\bar{z}\) l’est aussi, avec la même multiplicité, et \((X - z)(X - \bar{z}) = X^2 - 2\operatorname{Re}(z)X + |z|^2\) est un facteur réel de degré 2.

7. Décomposition en facteurs

Tout polynôme non constant se décompose de façon unique, à l’ordre près, en produit d’une constante et de polynômes unitaires irréductibles.

Exemple 6 : décomposer X⁴ − 1 et X³ − 1

Sur \(\mathbb{R}\) : \(X^4 - 1 = (X - 1)(X + 1)(X^2 + 1)\). Sur \(\mathbb{C}\), on factorise encore \(X^2 + 1 = (X - i)(X + i)\) : \(X^4 - 1 = (X - 1)(X + 1)(X - i)(X + i)\), les quatre racines quatrièmes de l’unité.

De même \(X^3 - 1 = (X - 1)(X^2 + X + 1)\) sur \(\mathbb{R}\) (le trinôme a pour discriminant \(-3\)), et sur \(\mathbb{C}\) : \((X - 1)(X - j)(X - j^2)\) avec \(j = e^{2i\pi/3}\).

8. Fractions rationnelles

Une fraction rationnelle est un quotient \(F = \dfrac{P}{Q}\) de deux polynômes, \(Q \neq 0\). La division euclidienne de \(P\) par \(Q\) donne \(F = E + \dfrac{R}{Q}\) : \(E\) est la partie entière, et \(\deg R < \deg Q\).

Éléments simples

Si \(Q\) a des racines simples \(a_1, \dots, a_n\) et si \(\deg P < \deg Q\), alors \(\dfrac{P}{Q} = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \dfrac{\lambda_i}{X - a_i}\) avec \(\lambda_i = \dfrac{P(a_i)}{Q'(a_i)}\). Pour une racine \(a\) de multiplicité \(m\), on introduit \(\dfrac{c_1}{X - a} + \dots + \dfrac{c_m}{(X - a)^m}\).

Exemple 7 : décomposer en éléments simples

Pour \(F = \dfrac{3X + 5}{(X - 1)(X + 2)}\) : \(\lambda_1 = \dfrac{3 + 5}{1 + 2} = \dfrac{8}{3}\) (valeur de \(\frac{3X+5}{X+2}\) en \(1\)) et \(\lambda_2 = \dfrac{-6 + 5}{-2 - 1} = \dfrac{1}{3}\).

Donc \(F = \dfrac{8}{3(X - 1)} + \dfrac{1}{3(X + 2)}\). Contrôle : \(\frac{8}{3}(X + 2) + \frac{1}{3}(X - 1) = 3X + 5\).

Astuce de Zyro

Pour vérifier une décomposition, remets tout au même dénominateur, ou teste une valeur simple comme \(X = 0\) : si les deux côtés diffèrent, l’erreur se trouve vite.

À retenir

  • \(z = r e^{i\theta}\) avec \(r = |z|\) ; les modules se multiplient et les arguments s’additionnent ; \(z^n = r^n e^{in\theta}\).
  • \(z^n = \rho e^{i\varphi}\) a exactement \(n\) racines \(\rho^{1/n} e^{i(\varphi + 2k\pi)/n}\), sommets d’un polygone régulier.
  • Division euclidienne : \(A = BQ + R\) avec \(\deg R < \deg B\), unique.
  • \(a\) est racine de \(P\) \(\iff\) \((X - a) \mid P\) ; multiplicité \(m\) \(\iff\) \(P(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0 \ne P^{(m)}(a)\).
  • PGCD : algorithme d’Euclide, dernier reste non nul rendu unitaire.
  • Irréductibles : degré 1 sur \(\mathbb{C}\) ; degré 1 ou degré 2 avec \(\Delta < 0\) sur \(\mathbb{R}\).
  • Fractions rationnelles : partie entière + éléments simples.
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